" Habiter n'est pas jouer, ériger n'est pas jouer. Jouer, c'est vivre, traverser, s'en aller, revenir, c'est enfin habiter aussi, habiter encore, mais au sein du grand jeu d'un espace de cartes battues, d'un espace d'écrans, de trouées et de feuilles, d'un espace ouvert. La ville dicte à l'architecture le texte ouvert, vivant et raturé que le passant viendra lire.
L'ouvert, qui est aussi une catégorie philosophique ultime, ne se réduit pas, bien entendu, à des ouvertures aussi discrètes que celles des passages dérobés de Santa Maria della Pace, mais il passe par elles comme il passe partout où il a été cultivé et voulu. Une clairière s'ouvre dans la forêt pour reconduire la forêt et l'idée même de ville, c'est que jamais un arbre ne cache la forêt, que jamais non plus la clairière ne soit une simple coupe, claire ou sombre.
La ville est une rivalité de fûts et de lumière, une rivalité d'allées. Une allée, c'est ce qui va, s'en va, ce qui s'en est allé, et s'en aller va à l'architecture, lui va comme le gant de la main heureuse qu'elle pourrait être et qu'elle est parfois. « Faire partout le travail de la clairière » (l'expression est de Henri Gaudin) comme l'a fait en son temps Pierre de Cortone, c'est intervenir en plein dans l'hiatus qui sépare l'imposition de l'architecture de la proposition urbaine, ou la proposition de l'architecture de l'imposition urbaine, et le résoudre."
Jean-Christophe Bailly La phrase urbaine Seuil éditeur 2013.
L' ensemble des photographies Versus, 2013.






























