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dimanche 1 janvier 2012

BAUME ANNEE!




" Cet azur mort que le jour verse à ton regard, tu le lui rends comme une vivante caresse. Tu lui as dit: J' accepte et le paradis humain se lève autour de toi.
Voici l' année."

Gustave Roud, Essai pour un paradis.
Peinture collage de Bernard Lachaniette 1995, collection privée.

mardi 20 décembre 2011

NAITRE

Collage J.M. Staive


« Naître ! Quel vent comme une eau glacée sur ma face ! Je suis au seuil d'une plaine où le soleil roule avec les cloches dans la brume. Un homme laisse tomber sa faux sur la rosée et chante, chante tourné vers l'orient. Voix jamais entendue, chant jamais appris, cri qui monte vers la lumière, plus haut que toute angoisse, plus haut que les douleurs multipliées. C'est là le monde que vous m'avez rendu ! La belle route couleur de lavande pâlit à chaque seconde. Personne jamais ne l'a suivie, elle aussi est née avec le jour. Et c'est VOUS que ce village attend là-bas pour s'éveiller à l'existence. »

 
Gustave ROUD, Petit traité de la marche en plaine
.


jeudi 1 décembre 2011

Quel dessein, quel dessin trace ta main?

photo versus


" Nul autre organe du corps que les mains n'est en situation de nourrir ces pensées : n'étaient les pieds. Mais leurs doigts courts, nul d'entre eux ne s'opposant aux autres, ne leur laissent d'autre œuvre que marcher et frapper; tandis que l'oppo­sition du pouce aux quatre doigts donne à cha­cune des deux mains une propre opposition interne. Ainsi les mains, énantiomorphes, sont le modèle formel et cependant concret de la pensée, de son faire-œuvre. Elles sont sa condition de pos­sibilité. Et aussi la main s'oppose à la main inverse : non l'œil à l'œil, ni l'oreille à l'oreille, ni aucun autre organe double du corps.
Toute pensée est corporelle. En dernier ressort, elle est manuelle. La main est l'organe le plus délié dans l'agir du corps. Et le travail du corps est sa pensée.
Auguste Rodin aurait sculpté quatre cents mains et davantage, isolées, coupées à hauteur du poignet, sans compter les mains des personnages de sa statuaire.
La «Main de dieu», sculptée par Rodin, est une main droite. La «Main du diable», la «Main de la mort sortant de la tombe», la «Main du pianiste» et aussi les deux «Mains des amants» qui se cares­sent sont des mains gauches.


photo Versus


Après que la main de dieu eut créé le monde et l'homme, il ne lui serait plus resté que son impuissance devant la confusion où Lui et nous cherchons en vain à distinguer le bien du mal : Sa main tantôt s'immobilise dans les grands gestes de Sa colère chassant Adam et Eve du Paradis, vouant au feu Sodome et Gomorrhe; tantôt elle se fige dans une semblable raideur pour le geste de béné­diction. La main du diable, si on en croit Rodin, prendrait, elle, la relève de l'action. Elle pointe les réalités essentielles : le sexe, la mort et la musi­que qui marquent l'origine, la fin et la rythmique de l'activité corporelle.
Les statues agressées par la violence des hommes ou ruinées par le temps, perdent d'abord leurs mains et leurs visages.
Les mains retiendraient tout en serrant leurs poings, n'étaient le vent, l'eau et le sable.
Mais le plaisir de lâcher, pour les mains, n'est pas moins grand que celui de prendre. Elles aiment à laisser couler entre leurs doigts eau, sable et vent, elles aiment l'expérience du vide."

Marc Le Bot La main de dieu, la main du diable Fata Morgana éditeur 1990.

mercredi 16 novembre 2011

De voiles de marée ne dites rien

Port de la Selva photo Versus.



" tourbillonnaire l'univers de gris
vire au grès de lune l'hiver envers
et contre les grummelures de la nuit annulaire
au vu au su au nu des nues de plumes
de vair l'uniterre des fruits replie ses pluies
sur les bulles de bruit de l'aube attention
chut dans les cloîtres du vent
se tailler- un sentier au coupe-couleurs
dans la jungle des évocations marquetées
de voix de fées de voies de miel



Photos Versus fin octobre 2011.


 de voiles de marée ne dites rien
les délicates pinces vermillon sous leur bonnet
 blanc l'œil aux aguets vont agripper
 le pois d'haleine et hop et hop jeter l'encre



Photos Versus oct. 2011




 les crinières philosophiques plglwrst plglwrstt
 trifouillis et miaulouillis mousses
de la raison lichens du cœur lever l'encre
 et hop et hop tourbillonnaire le poisson " (...)




Photos Versus Port de la Selva 2011.







Michel BUTOR, dans les cloîtres du vent,
chanson-compliment bryénologique ( extrait )
In  BRYEN, catalogue du Musée National d' Art Moderne, 14 février - 30 avril 1973.




vendredi 28 octobre 2011

La première page était bleue

Original de J.M. Staive 2011.

 » La première page était bleue. Je mangeais ma soupe avec des pâtes et ces pâtes avaient formes de lettres. Au bout de la maison, ma chambre. Le soir, une lampe allumée. La table était poussée dans l’alcôve puisque je dormais dans la chambre de ma mère. Je vois — c’est l’effet du temps écoulé, le regard intérieur d’au­jourd’hui approche par le dos, jusqu’à presque se fondre en lui, le petit corps assis d’autrefois, drapé dans sa petite robe de chambre —je vois ma position devant l’assiette, celle-ci placée un peu à gauche. Mangeant très lentement, j’essayais de former des mots, n’y arri­vais pas : je péchais les lettres dans la soupe, du bout de la cuiller les poussais et alignais sur le bord de l’assiette. Faïence bleue à large bord, me restent encore quelques plates. La servante, partie chercher la suite du dîner, en revenant promettait de terminer le mot si j’avalais deux trois cuillerées. Je lisais alors les pâtes en souriant. Rien que des majuscules mais douces. Je venais de commen­cer à apprendre à lire avec ma mère, dans ce premier livre (« la lecture sans larmes ») les personnages s’appe­laient toto lili rené, ils avaient de grosses têtes rondes avec une frange, je les trouvais antipathiques. Comme je n’étais pas très appliqué, me fâchais de ne rien y comprendre et voulais toujours fuir au jardin — ma mère s’en plaignit à mon père — quand je prenais plus sagement ma leçon, elle me délivrait un bon point. S’agissait de petits cartons orange, cernés d’un fin liseré de feuilles noires et marqués au milieu « Bon point ». Sur une planche où ils se tenaient tous ma mère en détachait juste un, deux coups du bec de ses ciseaux à couture. À quoi les bons points rassemblés ouvraient-ils droit ? Je crois me souvenir que le marché offert ne paraissait point si alléchant, heureusement que ma mère sut me convaincre. J’ignorais de façon absolue qu’ils me seraient inusables billets passeport monnaie vers des paysages, des rencontres ou des aventures, qu’ils s’échangeraient ma vie durant contre ce long voyage dans la langue, caravanes de mots, train des phrases. »

Jean-Loup Trassard, L' espace antérieur, Gallimard 1993.


A la découverte de l' univers de l' écrivain et photographe Jean-Loup Trassard, ICI

samedi 22 octobre 2011

Un an déjà, un an seulement.




J.M. STAIVE collage .


Voix mauvaises les draperies
En font ces fontaines de miel
Où ta bouche de pierrerie
Crache le vitriol du ciel

Roger Vitrac, Cruautés de la nuit 1927.

mardi 11 octobre 2011

Un nid au plus profond de la nuit

J.M. STAIVE, brou de noix original sur papier ancien.


Une maison au-dedans d'une maison. - Je ne t'ai jamais demandé de m'expliquer ce rêve. J'avais plaisir à t'écouter décrire la demeure immatérielle dans laquelle, de temps à autre, et selon une périodi­cité peu différente d'un rythme planétaire, tu retournais habiter. Tu avais réussi, sans aucun effort, gratuitement, et par une vertu dont personne ne connaît le genre ni l'aliment, ni la discipline, à te fabriquer un nid au plus profond de la nuit. Un nid qui s'était pré­senté à toi dans toute sa perfection la première nuit où tu l'avais rêvé, et auquel tu ne voyais plus rien à ajouter, pas même un brin de paille, pas même un œuf, depuis tant d'années que tu étais tou­jours revenue vers son souvenir. Une maison au-dedans d'une mai­son est un nid dans un arbre, et toi seule l'as découvert, c'est un arbre dans une forêt et tu es la seule à le distinguer. La vérité est que chacun de nous voudrait ne jamais renoncer à la part de ténèbres qui l'environne, et avec toute l'horreur que nous avons de la mort, nous voudrions nous sentir déjà aveugles et défunts, lon­guement, dans cette vie. Une maison dans une maison, dis-tu : mais il ne te vient pas à l'idée que c'est ton lit, que c'est ta bière quand tu dors, quand tu rêves - quand tu ne nous appartiens plus.

Leonardo Sinisgalli, Horror Vacui, édition Arfuyen 1995.





Publications des oeuvres de Sinisgalli en traduction française, ICI.