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samedi 6 février 2016

Adolphe Cieslarczyk, un sculpteur dans son siècle, 1916 -






Le jardin comme une sculpture ou une gravure à taille d' homme.






Adolphe Cieslarczyk auprès d' une de ses sculptures exposée au Musée de Gajac à Villeneuve sur Lot.










Détails de la sculpture précédente.




 A. Cieslarczyk  regardant un film retraçant son travail de graveur quarante ans plus tôt.



 Une image du film avec le graveur en action.





Portrait de l' artiste A. Cieslarczyk il y a plus de quarante ans, projeté sur écran. Musée de Gajac, Villeneuce sur Lot.




Sculpture de A. Cieslarczyk.
Tous les éléments sont démontables, ajustés au millimètre. L' édifice tient par la justesse constructiviste de l' assemblage.


A l' arrière plan de la sculpture, une gravure originale de A. Cieslarczyk.




Nous retraçons une partie de l' itinéraire artistique du graveur dans une salle réservée à cette technique toute particulière.






De la maison...



A l' atelier de A. Cieslarczyk.



La main du sculpteur sur un marbre de carrare.


L' ensemble des photographies, Patrick Stefanetto.
Musée de Gajac, janvier 2016.
Atelier du peintre, 2014 et 2015.

vendredi 1 janvier 2016

Le feu en 2016?







LE FEU

Ils regardaient la bataille des étincelles,

Qui ne sont qu'abandon du brasier, 
Mais voici que l'arbre entier qui flambait 
Se leva, trébuchant sur les pierres noires, 
Et marcha vers eux. 
Ils allaient voir comme c'est au centre, 
Les bonshommes du pourtour, les gens de cendre ! 
Un seul fît face et tint ses yeux ouverts. 
Il raconte qu'un homme s'avançait vers lui, 
D'aspect robuste, plus très jeune, 
Et passant près de lui, fit seulement un signe 
Comme : « Bonsoir », mais distrait 
Ou méfiant, et prit sans hésiter le sentier. 
On a vu pourtant de la vallée le feu gravir longtemps la  montagne.
A quoi servent les yeux ? Qu'est-ce qui se passe 
Sous la voûte des os plus chauds que cette pierre ?
Si l'arbre en feu était un homme,
 

Tel que vous et moi,
Dans quel monde sommes-nous, dans quelles montagnes ?
Un signe, au moins, avant le rendez-vous de cendre !


Henri Thomas Nul désordre poèmes 
Gallimard 1950.

 





L' ensemble des photographies Versus. 




mardi 15 décembre 2015

Un arbre de Noël inédit





 — Le Cèdre (1732). Gottfried Kleiner ( 1691 - 1767).

Auteur du Plaisir des jardins d'hiver, méditations chrétiennes. Ce poème se lit de bas en haut, dans le sens de la sève.

Ce calligramme est une image du psaume 104, verset 16 : 

« Les arbres du Seigneur sont pleins de sève comme les arbres du Liban qu'  il a plantés : mon arbre, mon espace, mon tronc, ma branche maîtresse, mon ascension, mon bonheur,  mon havre, ma destinée, ma propriété, la  gloire de mon âme, mon plus beau fiancé du Ciel,   ne doit être et ne sera jamais personne d' autre que toi, mon Jésus, ma richesse. Prends-moi à moi et donne-moi à toi. Prépare toi-même ta place dans mon cœur, toi le trésor de mon âme et plante en moi le fruit qui cherche ton amour, que ton doux sang m'irrigue et fasse que je m'épanouisse. Oh, fais-moi verdir jusqu'à ce que je parte d'ici et que là-bas je sois couvert de fruits »


In, Jérôme Peignot du Calligramme Éditions du Chêne 1978.










Photo 1, calligramme extrait du livre de Jérôme Peignot cité supra.
Photos 3, édition de Les jeux de l' amour et du langage de Jérôme Peignot 10/18 en 1974.
Versus pour les autres photographies.

dimanche 29 novembre 2015

Pour saluer Jean Joubert

                                              27 février 1928 - 28 novembre 2015


PORTRAIT D'HOMME


Moi,
Marcus Silésius,
poète,
je me suis arraché du monde.
Dans la forêt, au plus noir, j'ai bâti
ma tanière de branches.
Là-bas, dans leurs palais, longtemps j'ai répété
que je voyais grandir le feu et la famine,
j'ai dénoncé l'orage et l'imminence du charnier.
Qui m'écoutait ? Quelques fous, quelques enfants,
une femme qui apprêtait ses linges et ses larmes.
Les autres m'ont haï ou méprisé.
On se détourne ainsi des diseurs de lumière !
Dorénavant j'habite le silence,
je me lève à l'heure du sanglier,
j'attends le cerf au seuil de son royaume.
Je vieillis dans l'orgueil, mes oracles m'étouffent.
Parfois, du haut de la falaise,
je regarde très loin fumer les villes :
braises, cendres, déjà poussière.

                                                              ( D' après Holbein.)




Jean Joubert, Cinquante toiles pour un espace blanc (1981)
in ANTHOLOGIE PERSONNELLE Actes Sud éditeur 1997.





Photos Versus.
En hommage :
Reproduction 4, une des trois linogravures originales de Jean Marie STAIVE en feuille volante ( en tiré à part ) du tirage de tête du recueil  de poèmes de JEAN JOUBERT, Une maison de miroirs Dominique Bedou éditeur 1984.


mercredi 25 novembre 2015

Face à l' objet



Les kasinas et le ready made.





 Voici l'objet qui nous fait face, comment allons-nous le traiter?
Jetés là dans ce monde, nous le sommes avec lui. Plus précisément nous nous le sommes jeté devant nous (nous avons fabriqué l'objet et avons fabriqué ainsi un jet qui nous fasse front). Nous nous sommes donné du pouvoir. Face à toi, tu le tiens. L'objet jeté là par toi, pour te guérir d'être jeté là dans le monde : te sentir justifié. Voici l'ob­jet sorti de la perspective de son jet. Sorti de son contexte utilitaire. Il ne nous fait plus front comme je-te-tiens, mais comme spectacle. Les ready made de Duchamp : l'objet sorti de son contexte utili­taire, de sa situation (de sa conformité comme de sa confirmation et la nôtre). L'objet qui sert de provocation. Mais c'est alors briser un péremptoire — celui de l'utile bien défini dans son uti­lité — par un autre péremptoire, celui de la mise en scène provocante. Faire front d'une autre façon : par le spectacle insolite — rupture de l'habitude qui reste comme telle dans la sphère de l' habitude ( ou par dénégation : le " ceci n' est pas une pipe " de Magritte).






  Voici l'objet depuis très longtemps jeté face à nous. Nous avons oublié nous l'être jeté face à nous-mêmes. Il en a perdu sa contenance bien définie : sa forme s'estompe, il présente un défaut dans sa cohésion d'existence compacte. C'est cette tasse ébréchée, ce sac de toile qui s'effiloche, cette cuillère en bois rongée par les  vers, ce tracé à la craie sur un mur, cette tache d'humidité... Alors s'opère une autre sortie hors du contexte utilitaire. L'objet est élu — non pas accaparé — comme support de méditation. Il est kasina. Il est la confiance et l'abîme. De cet objet nous dirons : jeté là dans ce monde, nous le sommes avec lui. Mais en ajoutant : nous ne nous le sommes pas jeté. Nous nous sommes mutuelle­ment choisis. Pour dépasser tout mouvement d'objectivation.
Fût-il celui de la mise en spectacle.


Daniel Klébaner Poétique de la dérive Le Chemin Gallimard 1978.
























L' ensemble des photographies Versus.

Photo 3, sculpture originale "le pape" de Jean Suzanne.©

Photo 4, collage original de Bernard Lachaniette 2014.© 

vendredi 6 novembre 2015

L' usage des corps





5.10." J'ai entre les mains un journal français qui publie des annonces de personnes cherchant à rencontrer un compagnon pour vivre. La rubrique s'appelle curieusement «modes de vie» et contient, à côté d'une photographie, un bref message qui tente de décrire en quelques traits laconiques quelque chose comme la forme ou, justement, le mode de vie de l'auteur de l'annonce (et, parfois aussi, de son destinataire idéal). Sous la photographie d'une femme assise à la table d'un café, au visage grave - voire mélan­colique - appuyé sur sa main gauche, on peut lire : «Parisienne, grande, mince, blonde, distinguée, proche de la cinquantaine, vivante, de bonne famille, sportive : chasse, pêche, golf, équitation, ski, aimerait rencontrer homme sérieux, spirituel, dans la soixan­taine, profil similaire, pour vivre ensemble des jours heureux, Paris ou province. » Le portrait d'une jeune brune, les yeux fixés sur une balle suspendue en l'air, s'accompagne de cette didascalie: «Jeune jongleuse, jolie, féminine, spirituelle, cherche jeune femme 20/30 ans, profil similaire, pour fondre dans le point G ! ! !»



Parfois, la photographie veut rendre compte aussi du travail de celui qui poste l'annonce, comme celle qui montre une femme tordant au-dessus d'un seau une serpillière pour laver le carrelage: «50 ans, blonde, yeux verts, 1,60 mètre, concierge, divorcée (3 enfants, 23,25 et 29 ans, indépendants). Physiquement et moralement jeune, charme, désir de partager les simples joies de la vie avec compagnon aimable 45/55 ans.». D'autres fois, l'élément décisif pour caractériser la forme de vie est la présence d'un animal, figurant sur la photographie au premier plan à côté de sa maîtresse : « Labrador gentil cherche pour sa petite maîtresse (36 ans) un maître doux, passionné par la nature et les animaux, pour nager dans le bonheur à la campagne. » Enfin un visage en gros plan sur lequel une larme laisse une trace de rimmel déclare : « Jeune femme, 25 ans, sensibilité à fleur de peau, cherche un jeune homme tendre et spirituel, pour vivre avec lui un roman-fleuve. » La liste pourrait continuer, mais ce qui à chaque fois nous irrite et nous émeut, c'est la tentative - parfaitement réussie et, en même temps, irrémédiablement manquée - pour communiquer une forme de vie. En effet, comment ce visage particulier, cette vie particulière pourront-ils coïncider avec cette liste sommaire de hobbies et de traits de caractère? C'est comme si quelque chose de décisif - et, pour ainsi dire, d'indubitablement public et politique - était à ce point immergé dans l'idiotie de la vie privée qu'il en devenait pour toujours méconnaissable."

Giorgio Agamben, L' usage des corps, collection l' ordre philosophique, Seuil éditeur 2015.



L' ensembles des photographies Versus, 2015.

mercredi 28 octobre 2015

Post Fiacum, animal triste?





 L'art contemporain se trouve [ainsi] dans une singulière situation. 
Il conteste la culture à l'intérieur de laquelle il surgit. Il critique la société, renverse la table des valeurs ou nie son existence; il recommande inlassablement la transgression. « La vraie mission de l'art est subversive, sa vraie nature est telle qu'il serait légitime de l'interdire et de le pourchasser. » II se conteste lui-même. Devant nous, conception du travail de l'artiste, la position du spectateur, la forme des œuvres, leur « valeur », leur matérialité : tout se transforme. A chaque moment, bien que de manière souvent confuse, l'art marque les limites de son pouvoir révolution­naire. Allié de la « vieille taupe », il ne saurait la remplacer. Ce ne sont pas les théories, ni les œuvres d'art qui ébranleront le monde. L'art instaure des œuvres dont la seule force est de nier inlassablement. Tout artiste véritable peut dire aujour­d'hui, comme l'a fait Mallarmé: « La destruction fut ma Béatrice. »
Face à cette négativité qui ne s'épargne pas elle-même, la société se défend. Parquer les œuvres dans les musées et les salons, en détourner les spectateurs; ridiculiser et déshonorer les nouvelles manières de voir, d'agir et de penser ; acheter, vendre les œuvres et justifier valeurs économiques et valeurs esthétiques les unes par les autres ; utiliser ce qui la conteste pour prouver son libéralisme ; le diffuser pour atténuer la force du scandale; le réserver à une « élite »; le perdre dans un gigantesque musée imaginaire: la culture bourgeoise multiplie indéfiniment ses ruses.
Mais ces ruses ne sont jamais totalement efficaces. La contestation continue; et le travail de sape. Les valeurs vacillent ; les certitudes se délitent. Nous désirons un avenir imprévisible, mais tel qu'il rompe absolument avec la normalité consti­tuée. Notre raison et nos caprices coïncident pour l'exiger. Cet avenir comme l'écrit Derrida, « ne peut s'annoncer, se présenter que sous l'espèce de la mon­struosité ».





 Gilbert Lascault, l' art contemporain et la " vieille taupe" in Art et contestation, La connaissance éditeur, Bruxelles 1968.



 Illustrations, collages originaux de Jean Marie Staive 2015.